La revanche du corbeau

Le monopole des fables

 

Tout monopole est contestable !
En commerce ou en politique,
et dans le domaine artistique.
Or, La Fontaine avec ses fables
détient une exclusivité
sur ce petit genre littéraire.
Je dis : ça commence à bien faire !
Ça manque de moralité !
Musique égale Beethoven ?
Peinture signifie Rubens ?
Et chanson, ce n’est que Brassens ?
Non ! Mais fables, c’est La Fontaine !…
Je sais, Jean, ce n’est pas ta faute.
Chacun devant toi se prosterne,
chassant les impies : les modernes.
Tu avais mis la barre si haute :
quel défi d’écrire à ta suite !
Quelle insolence ! Et ces poèmes
par avance ont goût de blasphèmes.
Les fables après toi font faillite.
Tous les écoliers te massacrent,
les professeurs te décortiquent
– ton oeuvre est si pédagogique –,

on te déifie, on te sacre !
Le catéchisme littéraire
nous fait réciter ton corbeau,
chanter sainte Perrette ; c’est beau !
C’est grand ! Alléluia mes frères !
La Fontaine était un génie.
Certes. Il n’était pas le premier
(Ésope). Il n’est pas le dernier.
Les fables ne sont pas finies !
Il est utile à notre époque,
plus que jamais en vérité,
de revoir des moralités.
Présentées d’un air moins baroque.
Pousse-toi, Jean, tu fais trop d’ombre.
Les fables d’aujourd’hui se meurent ;
on ne voit plus que des chanteurs.
Fabulistes ! Revenez en nombre !