Elles venaient de l'Est : une histoire de l'immigration féminine dans le monde rural aveyronnais des années 1930

Sommaire

 

Avant-propos

Chapitre I – L’espace et le temps
Chapitre II – Du pays natal au pays d’accueil
Chapitre III – Les femmes et la ruralité
Chapitre IV – 1950-1990 : Réussites et échecs des stratégies d’intégration
Conclusion générale

 

Glossaire

Annexes
La grille d’entretiens
Premier et second entretiens
Troisième et quatrième entretiens
Cinquième entretien
Sixième entretien
Notes des entretiens

Bibliographie

 

 

CHAPITRE I - L’ESPACE ET LE TEMPS


1. Le projet


L’intitulé du projet de recherche définit à la fois le champ social observé : une petite communauté rurale ; et la spécificité des personnes concernées : des femmes immigrées. Il convient de préciser dès maintenant que ces femmes étaient célibataires au moment de leur immigration, dans les années 1930.


♦ La recherche
La recherche projetée se propose de reconstituer la trajectoire de vie de quatre femmes immigrées célibataires, derniers membres encore en vie d’un groupe plus important : trois d’origine polonaise (Maria, Joséphine et Catherine), une d’origine yougoslave (Mara), depuis leur adolescence dans le pays d’origine jusqu’à leur vie actuelle dans le pays d’accueil. Le but est de savoir quels ont été les mécanismes d’intégration mis en jeu par ces femmes, et dans quelle mesure ces mécanismes ont ou n’ont pas fonctionné.
La recherche se situe dans la perspective d’étude d’un processus de déracinement, puis d’enracinement, d’un triple point de vue :
– le fait qu’il s’agit de femmes migrantes ;
– le fait qu’il s’agit de femmes célibataires ;
– le fait qu’elles sont originaires d’un milieu rural agricole et s’intègrent dans un autre milieu rural agricole : l’espace français.
Il nous est immédiatement apparu que ces trajectoires de vies ne pouvaient être étudiées indépendamment de l’espace social dans lequel elles se déroulaient. Aussi, les éléments ethnographiques destinés à préciser les caractères spécifiques de cet espace et à rendre compte de son évolution au cours de la période considérée formeront-ils un contrepoint permanent aux analyses biographiques elles-mêmes.


♦ Les hypothèses
L’hypothèse centrale visera à déterminer comment s’est déroulée cette intégration.
Pour étudier celle-ci avec plus de précision, nous pensons qu’il conviendra d’en distinguer les aspects suivants :
– trajectoire professionnelle : examiner dans quelle mesure le travail a joué le rôle d’un facteur d’intégration sociale, ou s’il n’a pas joué ce rôle ; s’il a permis à ces femmes immigrées de parvenir à un statut social équivalent à celui des autres femmes de la région d’accueil, ou s’il ne l’a pas permis ;
– trajectoire familiale : une attention particulière sera apportée à tout ce qui concerne le mariage, ce qui l’a précédé, ce qui l’a suivi, la naissance et l’éducation des enfants ;
– trajectoire d’intégration culturelle : en particulier, nous étudierons la participation de ces femmes immigrées aux activités collectives de la région d’accueil, et nous essaierons de déterminer si elles se sont totalement conformées aux usages préexistant à leur immigration ou si elles sont parvenues à préserver des pratiques sociales autonomes, voire à introduire certaines de ces pratiques dans les activités sociales du pays d’accueil.
Ces axes d’observation conduiront à l’analyse des différents moyens par lesquels ces femmes ont été, sous la pression du groupe, ou se sont, par décision personnelle, progressivement insérées dans la communauté villageoise du pays d’accueil. Le cas échéant, on précisera les limites, les variables ou les échecs de ce processus d’intégration.