Hêtre ou ne pas être

J’étais déjà plongé depuis une heure dans mes déserts africains, quand je sentis un mouvement dans la ramure du hêtre. Un frémissement, une ondulation, je n’aurais su dire, mais quelque chose qui n’était pas dû au vent, lui aussi parti en weekend prolongé. Je levais les yeux vers les branches qui tanguaient doucement comme des voiles sous une brise naissante. Mais rien d’inquiétant, la cime du grand arbre, tellement haute, devait subir quelques rafales isolées que je ne sentais pas au sol.
Je repris mes écritures.
Soudain, je sentis nettement comme une présence dans mon dos. Ce genre de sensation qu’on pourrait avoir dans une vieille bâtisse, témoin de quelques meurtres odieux où les âmes errantes viendraient se rappeler aux souvenirs de nouveaux arrivants. Je riais intérieurement à cette idée d’un film d’horreur désuet où je ne serais pas dans une maison, mais dans un jardin hanté ! N’empêche, je trouvais ça bizarre et je me levais pour inspecter le tronc, les taillis, les haies, à la recherche d’un hérisson, d’un chat ou d’un mulot. Rien. Je revins à ma table, mais pas très à l’aise cette fois-ci. Mon stylo restait coincé dans mes doigts sans pouvoir sortir un mot.
Tout à coup, une légère pression se fit sur le haut de mon dos.