Cellule 249

— Alors s’il faut commencer, eh bien, commençons par le début…

Elle est assise au milieu des autres. Tous les regards sont braqués sur elle. Elles attendent de connaitre son histoire, comme elle a déjà écouté les leurs. Histoires plutôt banales en fin de compte, femmes battues et humiliées, vivant dans des quartiers malsains ; drogue, trafic, maltraitance, prostitution. Le jour où elles se sont enfin libérées de l’emprise de leur mac, mari ou dealer a coïncidé avec celui de leur mort, une libération qui les a conduit directement derrière les barreaux... Histoires ordinaires en fin de compte, car en prison, ce sont des récits similaires que l’on entend dans ces groupes de soutien.
Le psychologue la regarde, elles la regardent toutes. Elle voudrait passer son tour comme elle le fait d’habitude, mais elle sent qu’aujourd’hui elle est prête à raconter son histoire. Sa vie n’a rien à voir avec la leur. Elle ne leur ressemble pas. Elle ne fait pas partie de leur monde, elle n’a pas enduré les mêmes souffrances. Leur seul point commun ? Elles ont toutes ôté la vie à quelqu’un.
Cela ne fait pas longtemps qu’elle est en prison. Le motif ? Elle a tué son fils. De sang-froid ? Non. Si son acte a été prémédité ? Disons que c’était devenu la seule option. Lorsqu’elle l’a fait, elle est morte avec lui. Alors ici ou ailleurs, peu lui importe. Elle a été condamnée à trente ans de réclusion ; sursis, perpétuité, remise de peine, elle n’en sait rien, elle n’a pas écouté. Cela lui est égal de toute façon. Elle est morte il y a bien longtemps déjà. Il ne subsiste d’elle qu’un reflet, celui que l’on observe dans un miroir, celui qui est froid et lisse.
Elle n’a pas eu le courage de se pendre en cellule. Cet acte semble être réservé aux hommes. Les femmes paraissent plus résistantes, ou moins courageuses, elle ne sait pas. Et puis elle veut vivre sa sentence. De toute façon, au fond d’elle, elle a toujours su qu’un jour cela se terminerait ainsi. C’était le prix à payer pour l’avoir sauvé lorsqu’il était petit. À l’époque, elle ne pouvait pas se douter.
Alors elle rassemble ses souvenirs et se jette à l’eau.