Chronique d'une attente

La cousine est dehors, elle se dirige vers son rendez-vous. Elle est en retard et court dans la rue, puis ralentit. À quoi bon se presser en direction de ce qui n’est jamais qu’une sorte de pari pascalien de l’amour.
Si tu n’y vas pas, tu es sûre de ne pas rencontrer l’amour. Si tu y vas, peut-être que tu le rencontreras et au pire, tu ne le rencontreras pas.
Dans sa course approximative, un pas marché, un pas couru, elle croise à nouveau le voisin, il sort comme un boulet de canon du métro de Belleville. Taciturne, mince et brun, quoique légèrement teinté de gris, il marche comme un tank, son éternel cabas vide coincé sous l’aisselle.
Il émane une dureté lasse de sa personne, il ressemble à une lame qui ne coupe plus grand-chose, mais qui pourrait encore faire mal.
Un frisson.
Et avec ça, toujours pas un bonjour – mes hommages mademoiselle –, ni une insulte – ta musique, connasse –, au moins un signe de tête – b’jour.
— Nada.
Ce monde est décidément le royaume de l’absence et du rien, un territoire vide, privé du plus petit même de ces liens qui ligotent et réchauffent, enserrent et libèrent, entravent, mais embrassent et soutiennent comme un filet posé sur le vide.
La cousine se dépêche, car l’archiviste, le genre à être à l’heure, va finir par ficher le camp.