Au-delà de l'illusion, Tome 2 : La traque

Une nouvelle vie

 

Strasbourg, dimanche 3 août 2008

Treize mois après le sauvetage de la petite Tina, la Mâchoire avait acquis une nouvelle réputation de justicier.
Pas moins de sept autres enlèvements d’enfants sur toute l’Europe avaient été déjoués par ses actions éclair. Lors de sa dernière intervention, pour une petite fille de sept ans, enlevée en Autriche, il était hélas arrivé trop tard : elle avait été violée, torturée et tuée par des pédophiles. Les autorités autrichiennes avaient perdu plusieurs jours avant d’alerter les médias, et lorsque Suliac s’était rendu en Autriche, voyage qu’il avait dû faire en train parce qu’il n’avait pas encore créé de Porte des mondes dans ce pays, perdant ainsi encore quelques précieuses heures, la petite était morte. Avec le décalage temporel habituel, il avait assisté à la scène de torture à travers sa fenêtre sur le passé dans le chalet où elle avait été détenue.
Sa vengeance fut terrible, et des semaines plus tard, elle était encore relatée dans les journaux. Il avait averti les autorités du lieu où la petite fille avait été assassinée, leur révéla ensuite l’endroit où avait été abandonné son cadavre et annonça enfin qu’il allait retrouver les participants au crime, où qu’ils se cachassent, pour leur faire payer leurs actes. La nouvelle fit sensation ! La traque fit la une de tous les journaux.
Cela prit exactement six semaines, une semaine par participant à l’orgie meurtrière.
Les deux hommes qui avaient enlevé la petite furent les premiers de la liste.
La punition fut la même pour tous : il les amputa de leurs mains et de leurs jambes à l’aide de son arme, les garrotta pour les maintenir en vie et, contrairement à son habitude, il les émascula au couteau. Il leur fit avaler leurs propres organes génitaux. Certains furent plus résistants et il les tortura pour les forcer à ingurgiter leur propre chair. Au final, la punition ultime fut de les laisser en vie, amputés, émasculés et défigurés. Une mise à mort aurait été trop douce à ses yeux.
Quelques-uns des six survivants qui étaient encore en état de communiquer ne purent signaler qu’un homme très grand et très fort, mais masqué. Suliac avait revêtu une cagoule de lin noir.
Cette vengeance annoncée et inéluctable avait fait l’effet d’une bombe dans les médias et dans le milieu du crime. Les ravisseurs savaient à présent qu’ils ne pourraient plus échapper à la Mâchoire, quel que fût l’endroit où ils se terraient. Aucun enlèvement d’enfant ne resterait plus impuni !
On compara sa faculté à retrouver les criminels au scénario du livre Minority Report de Philip K. Dick adapté au cinéma en 2002 par Steven Spielberg avec Tom Cruise dans le rôle principal. Dans cet ouvrage, le crime était déjoué avant d’avoir eu lieu. Suliac, quant à lui, n’avait hélas que la possibilité de voir quand et où il avait été perpétré. Il pouvait infailliblement remonter la trace de tout acte commis par un humain mais, en aucun cas, en changer le cours.
Les six mois qui suivirent cette dernière action de Suliac furent calmes. Aucun enlèvement ne fut signalé, ni aucune intervention de la Mâchoire.